lundi 15 février 2016

Red Planet : merde cosmique ou nanar savoureux ?

#SpoilersInside

En 2057, la Terre est surpolluée. Mars est l’ultime salut de l’humanité depuis que la NASA a envoyé des « bombes biologiques » contenant des algues censées créer une atmosphère respirable. La première expédition habitée pour la planète rouge est programmée afin de comprendre pourquoi les algues sont mortes. Aux abords de Mars, une éruption solaire oblige l'équipage à atterrir en catastrophe. Ce qui devait être une simple mission de reconnaissance devient une véritable course contre la montre pour la survie de l’huma… heu, de Val Kilmer.


Red Planet (2000 - 5.6/10 sur IMDb) est un film de SF, mais c’est aussi et surtout un "survival sur Mars" et ça, déjà, c’est plutôt chouette. Réalisé par Antony Hoffman (dont c’est le seul film) pour un budget de 80 millions $, le film n’a rapporté 17 millions $ aux USA et 33 millions $ dans le monde. Autant dire, un échec au box-office. Encore un...


Red Planet ne se traine pas une bonne réputation, pas bonne du tout. Et pourtant, c’est vachement bien, surtout si on a un peu d’humour et pourquoi pas de la bière. Le film de Hoffman est surtout un très bon plaisir coupable, un nanar extrêmement généreux et un potentiel bon film pour peu qu’on s’imagine ce qu’aurait pu donner le même concept, traité avec beaucoup plus de sérieux et de tripes.

L’ingénieur en on-sait-pas-trop-quoi Val Kilmer s’envole à bord d’un vaisseau piloté par Carrie-Anne "t’as qu’à faire comme si j’étais ta soeur" Moss (qui s’appelle Bowman dans le film, paye ta réf’ à 2001). Le reste de l’équipage comporte son lot de personnage fonction habituel : le co-pilote efficace qui fera pas long feu, le botaniste pote avec le héros qui fabrique de la vodka (excellent Tom Sizemore, j’adore ce con) dans le labo du vaisseau, le vieux scientifique (Terence Stamp, sans saveur, sans odeur) qui s’en remet désormais à Dieu et le connard de service qui sert à rien d’autre que d’être un connard. Pendant le voyage, longs de plus de 6 mois (ben oui, 160 millions de kilomètres, quand même…), les astronautes ne dorment pas en hyper sommeil. Nan, ils se lancent des vannes, discutent philosophie, se mettent des grosses races à la vodka frelatée. Pendant ce temps, Carrie aime bien prendre des douches de dos pour qu’on voit pas ses boobs (dommage) et se fait griller par Kilmer : "t’as qu’à faire comme si j’étais ta soeur" qu’elle lui dit.


Aux abords de la planète rouge, une éruption solaire endommage le vaisseau, Carrie fait alors évacuer l’équipage dans la capsule d’exploration Martienne et reste à bord pour faire la maintenance pendant que l’équipe enquête sur la disparition des algues censées créer une atmosphère respirable sur Mars.

La capsule atterri (à ce niveau de bordel, c’est un crash, cela dit) sur Mars (sans « frotter » sur l’atmosphère pourtant existante, on y reviendra) lors d’une séquence assez mémorable au cours de laquelle la capsule, entourée d’air-bags qui se sont gonflés pour amortir la chute, rebondi pendant 10 bonnes minutes dans un interminable enchainement de plans au ralenti.


Une fois sur place, l’équipage se rend compte que leur base est détruite. Oui, parce que ils viennent d’arriver, et il y a déjà une base. On théorisera sur le fait qu’elle a probablement été construite par des robots automatisés envoyés précédemment, mais le script s’en bat la race de nous l’expliquer clairement. Sur le vaisseau, un incendie se déclare et Carrie Bowman décide d’ouvrir le sas du vaisseau pour faire le vide à l’intérieur pour éteindre le feu (oui parce que sans oxygène, pas de combustion). Spoiler : elle réussi !

Les choses vont aller de mal en pis. Comme leur réserve d’air diminue, le co-pilote Santen (Benjamin Bratt, le cultissime Alfredo Garcia de Demolition Man) veut se suicider tranquille en sautant d’une falaise pour pas mourir asphyxié. Mais à ce moment précis, le connard de service (Simon Baker en mode pré-The Mentalist) lui fout un bourre-pif. L’autre tombe quand même dans le vide, mais du coup on sait plus si c’est un suicide ou un meurtre… Val Kilmer, en train d’étouffer lui aussi, retire son casque par réflexe de survie : Ouf ! l’air est respirable. Terence Stamp, qui n’a encore rien fait de tout le film est blessé à mort, alors les autres l’abandonne et il meurt comme une grosse merde assis tout seul sur Mars après avoir discuté vite fait de philosophie et de Dieu avec un Val Kilmer qui a l’air de s’en foutre un peu royalement.


Hoffman est fan de 2001, non content d’avoir appelé un des perso Bowman, il décide que son film aura lui aussi son HAL 9000, mais avec un oeil bleu, pour plus de finesse dans le clin d’oeil (ou le gros coup de coude bourrin). Et paf : nouveau problème. Un problème qui porte le nom de AMEE (Autonomous Mapping Exploration and Evasion), qui aurait dû s'appeller AMSKFCCP (Autonomous Military Space Kung-Fu Champion Cybernetic Panther). AMEE c’est un chat robot militaire. Elle (c’est une fille) a deux programmes : un programme de reconnaissance tout simple et un programme militaire qui fait d’elle un prédateur. Putain de bordel de merde de crotte de bique, loi de Murphy oblige, le crash débloque son programme militaire. AMEE prend le groupe d’astro-survivant(s) (moi aussi, j’sais faire des clins d’oeil lourds Antony) pour des éléments hostiles. Oups !


Iceman, le connard mentaliste et l’alcoolo (tu parles d’un équipage d’expédition spatiale) démontent un vieux Rover (les petites voitures commandées à distance qui récoltent des échantillons et des données pour des études scientifiques) pour communiquer avec Carrie. Heureusement, le botaniste (et non Val l’ingénieur) a un tournevis électrique pour pouvoir ouvrir le Rover. Le salut de l’équipe au sol réside dans une capsule Russe qui pourrait leur servir à retourner à bord du vaisseau de Carrie, toujours en orbite autour de Mars.

Et là, tout s’accélère, le film prend un rythme assez enlevé et efficace. AMEE traque l’équipage et bute le connard mentaliste. Val et Tom découvrent que les algues ont disparues car elles ont été bouffée par des petites bêtes style scarabées Martiens qui pètent du CO2 avec leurs minis trous du cul spatiaux, d’où la présence d’air sur Mars. Problème, les scarabées, ils bouffent pas que les algues, ils bouffent aussi les botanistes. Alors l’autre alcoolo là, il réussi à chopper deux pauvres scarabées pour les étudier. Heureusement, le botaniste a un tube à essai spécialement conçu pour attraper les scarabée de l’espace qui pètent du CO2. Sizemore donc, file le tube à l’ex-pilote de Top Gun et s’immole à l’aide d’une torche. Heureusement, d'ailleurs que le botaniste a une petite torche pour faire gratiner le caramel au dessus des crèmes dessert dans son attirail de survie. Tom lâche la torche, bye bye Sizemore… Les algues crament, et l’oxygène contenu dans le cul des scarabées prend feu. Une immense marée de feu déciment donc toute vie dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres, comme en atteste un plan large. En gros, Sizemore vient de décimer tout l’éco-système qui faisait que l’atmosphère de Mars était devenu respirable...


Résumons. La NASA envoie une mission pour faire pousser des algues, ça plante. Ils envoient une mission pour comprendre pourquoi ça a planté, les mecs arrivent sur place, découvrent qu’on peut respirer et qu’il y a de la vie sur Mars et eux, dans un grand élan de n’importe quoi réduisent tous les espoirs de l’humanité à néant avec… Bref !

Pendant ce temps-là, sur le vaisseau, Carrie trouve le temps long. Et en fait, par un très subtil flashback, on comprend qu’elle kiffe grave Iceman. Lui, il kiffe bien Matrix et puis c’est la seule meuf à 160 millions de bornes à la ronde, alors il fait pas son difficile et voudrait bien montrer à Carrie comment on fait l’hélicoptère avec sa bite en apesanteur.


Val arrive à la capsule Russe et nique la gueule à AMEE en lui tendant un traquenard façon guérilla. Il arrive à faire démarrer la capsule et décolle vers le vaisseau sans prévenir Carrie. Mais bon, elle a de bons yeux. Elle le repère qui flotte dans l’espace et va le chercher en sortie extra-véhiculaire. Et Val, tranquille va pouvoir baiser Carrie et rentrer sur la Terre, toujours polluée et sans espoir de déménagement sur Mars vu que toutes les algues et les scarabées ont cramé et leur CO2 avec… La Terre devra donc trouver un autre moyen de survie. The End.

Okay, boom ! Red Planet est une préquelle thématique à Interstellar !!! Prend ça dans ta gueule Christopher.

Au final, Red Planet s’en sort très bien. Le casting est tout à fait agréable, les séquences d’action bien qu’absolument invraisemblables sont assez jouissives. Le film file sur un rythme assez soutenu pour maintenir l’intérêt et propose sans cesse de nouvelles idées débiles qui nous font beaucoup rigoler. Donc en fait, on en a pour notre argent car Red Planet se savoure. Comme un excellent plaisir coupable. Comme un nanar de luxe à 80 patates. Et même un peu comme un bon gros big Mac de chez McDo™ dégoulinant de graisse : on sait que c’est un peu de la merde, que c’est pas forcément bon pour nous, mais on kiffe quand même d’en bouffer un de temps en temps. Et puis bordel, Val a tellement la classe…